04 Nov 2019
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Le yaourt, un aliment nutritionnellement dense

« Le yaourt peut-il aider dans la malnutrition? »: la conférence en synthèse

Nutrient density diet
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Dans un contexte mondial où l’obésité, le diabète et les autres maladies non transmissibles (MNT) se répandent, la question d’une nutrition adéquate est essentielle. Comment traiter la malnutrition ? Y a-t-il des aliments spécifiques qui peuvent être particulièrement intéressants ? Comment aborder les questions de nutrition et de durabilité ?

Voici quelques-unes des questions que Barbara Rolls (Université d’État de Pennsylvanie, États-Unis), Angelo Tremblay (Université de Laval, Canada) et Frans Kok (Université de Wageningen, Pays-Bas) ont abordé au cours du symposium du YINI, organisé le mercredi 16 octobre, pendant la FENS 2019, à Dublin, Irlande.

Le yaourt peut être un aliment polyvalent et satiétogène dans la gestion du poids

Pour débuter le symposium, le Dr Barbara Rolls a analysé le rôle que le yaourt pourrait jouer pour gérer la consommation excessive d’aliments pauvres en nutriments.

Le yaourt est riche en nutriments, comparativement à de nombreux aliments, et cette richesse nutritionnelle peut améliorer la qualité de l’alimentation. Le yaourt peut être consommé dans de nombreux contextes. Toutefois, ses propriétés sensorielles et sa composition nutritionnelle peuvent varier considérablement. Cette polyvalence en termes de propriétés nutritionnelles et organoleptiques a permis aux scientifiques d’explorer ses effets à la fois sur la satiété et sur le poids corporel.

Dr Rolls a centré sa présentation sur le rôle satiétogène du yaourt : est-il plus satiétogène que d’autres aliments ? Quelles propriétés influencent la satiété ? Comment peut-il être intégré à l’alimentation pour favoriser la gestion du poids ?

Dr Barbara Rolls a passé en revue certaines observations sur la satiété, issues des études réalisées sur le yaourt. Elles contribuent à expliquer pourquoi la consommation de yaourt est associée à un moindre gain pondéral dans le temps, comme le montrent les données de population.

De nombreux facteurs interviennent dans la façon dont le yaourt influence la satiété, le rassasiement et la prise alimentaire :

  • Les propriétés sensorielles, car les aliments préférés sont souvent consommés en plus grandes quantités.
  • Les propriétés physiques, qui peuvent ralentir la vitesse de consommation et donc réduire la prise alimentaire.
  • La composition en macronutriments
  • Les attentes qui, plus que la composition réelle, peuvent influencer la prise alimentaire.
  • La densité énergétique, qui peut avoir une influence essentielle sur la satiété, le rassasiement ou la prise alimentaire.

Yogurt is considered as nutrient rich food - YINI

Les théories actuelles évoquent également les effets du yaourt sur l’absorption intestinale, le microbiote intestinal et l’inflammation.

Dans la pratique, le yaourt reste un aliment de densité énergétique relativement faible. Par conséquent, remplacer des aliments denses en énergie par le yaourt peut permettre de consommer des portions plus importantes ou de mieux gérer les calories tout en améliorant la densité nutritionnelle de l’alimentation.

Les messages à retenir du Dr Rolls :

  • Le yaourt est plus satiétogène que certains autres aliments.
  • Les études sur le yaourt indiquent que manger plus lentement et diminuer la densité énergétique peut renforcer la satiété et réduire l’apport énergétique.
  • Le yaourt permet un certain nombre d’options denses en nutriments qui peuvent remplacer des aliments plus denses en énergie afin de mieux gérer la prise alimentaire.

 

Au-delà de la densité nutritionnelle

Après ce focus global proposé par le Dr Rolls, il était intéressant pour le Pr Angelo Tremblay d’étudier l’impact de la consommation de yaourt au-delà de la densité nutritionnelle.

En effet, au-delà de leur teneur nutritionnelle, certains aliments ont des propriétés supplémentaires qui contribuent également à leurs bienfaits pour la santé. C’est le cas du yaourt.

Selon le Pr Tremblay, le yaourt a une matrice souple qui permet des manipulations favorisant la fonctionnalité corporelle, comme une supplémentation en fibres alimentaires pour faciliter le contrôle de l’appétit.

Le yaourt est également un aliment fermenté avec des cultures vivantes de bactéries, ce qui peut expliquer certains des bienfaits de la consommation de yaourt pour la santé. Il est reconnu, par exemple, que les cultures vivantes de yaourt améliorent la digestion du lactose chez les personnes avec une maldigestion du lactose (cf. EFSA Journal 2010, 10(8) : 1763). Le Pr Tremblay a également présenté les données d’une étude qui montre que les consommateurs de yaourt ont un profil glycémique et insulinémique plus favorable que les non-consommateurs, même après ajustement sur la densité nutritionnelle des aliments.

Et enfin, l’idée a été proposée que la consommation de yaourt serait la signature d’un mode de vie sain. En témoigne le fait que les consommateurs de yaourt sont moins enclins à fumer et plus engagés dans un mode de vie physiquement actif. En résumé, le yaourt est un aliment sain qui combat la malnutrition et qui favorise la santé métabolique.

Pour le Pr Tremblay, au-delà de la densité nutritionnelle, le yaourt :

  • Offre une matrice alimentaire souple.
  • Contient des cultures bactériennes et se prête à la supplémentation probiotique.
  • Procure des bienfaits pour la santé des personnes vulnérables et signe un mode de vie sain. 

Le yaourt peut-il être un choix alimentaire durable ?

Si le yaourt peut avoir des atouts intéressants pour traiter la malnutrition grâce à sa densité nutritionnelle, ses propriétés de fermentation, ses effets sur les Maladies non-transmissibles (MNT), peut-il toujours avoir sa place dans les régimes alimentaires actuels où la durabilité est essentielle ?

C’est la question abordée par le Pr Frans Kok.

Selon l’article de l’Eat-Lancet publié en début d’année, des évolutions spécifiques sont nécessaires pour rester dans les limites de la production alimentaire tout en garantissant des régimes alimentaires sains en 2050 : transition vers une alimentation principalement d’origine végétale, évolution des pratiques de production, réduction du gaspillage alimentaire.

Toutefois, analysant les études disponibles, Frans Kok a montré que la plupart des résultats (principalement propres à chaque pays) indiquent que les produits laitiers sont partie intégrante de régimes alimentaires durables. Même si les protéines laitières produisent davantage d’émissions qu’une combinaison de légumes et de céréales, les études de modélisation montrent qu’en maintenant des produits laitiers dans l’alimentation, il est plus facile de répondre aux besoins nutritionnels de la population que par l’utilisation exclusive d’aliments d’origine végétale.

Des réductions de 20 à 30 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 au travers de notre alimentation sont possibles si l’on veut limiter l’élévation de la température mondiale à moins 2 °C (cf. Accord de Paris pour le Climat). À cette fin, le rapport de l’EAT-LANCET recommande une assiette santé planétaire composée à 50 % d’aliments d’origine végétale, avec une réduction importante de la viande et une limitation des produits laitiers.

Toutefois, pour Frans Kok :

  • Les solutions doivent être locales.
  • Une approche de réduction plutôt que d’élimination pourrait être plus efficace dans les recommandations alimentaires en termes d’impacts environnementaux.
  • Les données existantes montrent que la consommation quotidienne de lait ou de dérivés équivalents peut malgré tout s’inscrire dans une alimentation durable et saine, avec un intérêt spécial pour le yaourt en raison de sa richesse nutritionnelle, de sa faible teneur en graisses et de son rôle de véhicule de ferments.
  • Des études supplémentaires sont toutefois nécessaires pour quantifier son impact environnemental.

Pour plus d’informations, vous pouvez suivre l’intégralité du symposium sur Twitter : @yogurtnutrition